- La salat istikhara est une prière surérogatoire de deux rak’at, suivie d’un dou’a spécifique.
- Elle se fait lorsqu’on hésite entre deux décisions licites — pas pour choisir entre le bien et le mal.
- Elle ne produit pas forcément un signe visible : souvent, c’est une disposition intérieure qui évolue.
- Aucun moment de la journée n’est obligatoire, mais les moments bénis (nuit, après Fajr) sont préférés.
- Elle peut être répétée plusieurs jours si le doute persiste.
Tu es face à une décision — une proposition de travail, un mariage, un déménagement — et tu ne sais pas quelle direction prendre. La salat istikhara est précisément conçue pour ce moment-là. Ce n’est pas une formule magique ni une consultation de voyance : c’est une façon de remettre son incertitude entre les mains d’Allah, après avoir fait son propre travail de réflexion.
Cet article rassemble ce que dit la tradition islamique sur la prière de consultation, sa procédure, son dou’a et les questions que beaucoup se posent sans toujours oser les poser.
Qu’est-ce que la salat istikhara exactement ?
Le mot istikhara vient de la racine arabe kh-y-r (le bien). Littéralement, c’est le fait de demander à Allah de choisir pour toi ce qui est meilleur. La prière de consultation est rapportée dans un hadith authentique transmis par Jâbir ibn ‘Abdallah et collecté par Al-Boukhâri : le Prophète (paix et salut sur lui) enseignait l’istikhara à ses compagnons comme il leur enseignait une sourate du Coran, ce qui dit quelque chose de son importance.
Elle s’adresse aux décisions qui relèvent du licite. Si la question est déjà tranchée par la religion (pratiquer quelque chose d’interdit, par exemple), l’istikhara n’a pas lieu d’être. Elle concerne les zones grises du quotidien : accepter ou refuser un contrat, choisir entre deux villes, valider un projet de mariage.
Comment accomplir la prière de consultation : les étapes
La procédure est simple et ne demande pas de préparation particulière au-delà de ce qu’exige n’importe quelle prière.
- Être en état de pureté rituelle (woudou valide).
- Accomplir deux rak’at d’une prière surérogatoire — ni la prière obligatoire d’un moment précis, ni le witr. On peut lire Al-Fatiha suivie de la sourate Al-Kâfiroun (109) au premier rak’at et Al-Fatiha suivie d’Al-Ikhlâs (112) au second, selon une pratique courante, même si aucune sourate spécifique n’est imposée par le texte.
- Prononcer le dou’a de l’istikhara après le salâm de fin de prière, avant de te lever.
- Formuler mentalement ta demande au moment où le dou’a évoque «cette affaire» — c’est à ce moment précis que tu penses à ta situation.
Certains scholars précisent que le dou’a peut aussi être prononcé pendant le sujoud (prosternation) du dernier rak’at, avant le salâm. Les deux pratiques existent ; ce qui compte, c’est la sincérité et la concentration.
Le dou’a de l’istikhara : texte arabe et sens en français
Le dou’a est transmis mot pour mot dans le hadith de Jâbir. Le voici en transcription phonétique et en traduction :
Translittération :
Allahumma inni astakhiruka bi ‘ilmika, wa astaqdiruka bi qudratika, wa as’aluka min fadlika al-‘azim. Fa innaka taqdiru wa lâ aqdiru, wa ta’lamu wa lâ a’lamu, wa anta ‘allâmu al-ghuyûb. Allahumma in kunta ta’lamu anna hâdha al-amra khayrun lî fî dînî wa ma’âshî wa ‘âqibati amrî — ou : fî ‘âjili amrî wa âjilih — faqdurhu lî wa yassirhu lî, thumma bârik lî fîh. Wa in kunta ta’lamu anna hâdha al-amra sharrun lî fî dînî wa ma’âshî wa ‘âqibati amrî — ou : fî ‘âjili amrî wa âjilih — fasrifhu ‘annî wasrifnî ‘anh, waqdur liya al-khayra haythu kâna, thumma ardînî bih.
Traduction approximative :
«Ô Allah, je Te demande de choisir pour moi grâce à Ta connaissance, je Te demande de décréter pour moi grâce à Ta puissance, et je Te demande de Ta grâce immense. Car Tu es Tout-Puissant et je ne le suis pas, Tu sais et je ne sais pas, et Tu es le Grand Connaisseur des choses cachées. Ô Allah, si Tu sais que cette affaire est bonne pour moi dans ma religion, ma vie et l’issue de mes affaires — ou : dans l’immédiat et sur le long terme — alors décrète-la pour moi, facilite-la pour moi, puis bénis-la pour moi. Et si Tu sais qu’elle est mauvaise pour moi dans ma religion, ma vie et l’issue de mes affaires — ou : dans l’immédiat et sur le long terme — alors détourne-la de moi et détourne-moi d’elle, et décrète pour moi le bien où qu’il se trouve, puis rends-moi satisfait de lui.»
L’expression hâdha al-amra («cette affaire») est le moment où tu penses concrètement à ta situation, sans forcément la prononcer à voix haute.
Quel moment choisir pour faire l’istikhara ?
Contrairement à certaines idées reçues, aucun texte n’impose de faire l’istikhara uniquement la nuit ou avant de dormir. Cette association vient probablement du fait que beaucoup de gens la font avant le coucher, ce qui est un bon moment — calme, recueillement plus facile.
En pratique, les moments considérés comme bénis et propices à toutes les prières facultatives sont :
- Le dernier tiers de la nuit (avant Fajr)
- Après la prière de Fajr
- Entre Dhouhr et ‘Asr
- Après ‘Asr, avant le coucher du soleil
À éviter : les trois moments où la prière facultative est interdite (au lever du soleil, à son zénith exact, et au coucher du soleil). En dehors de ces créneaux, tu peux accomplir l’istikhara à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.
Si la décision est urgente, il n’est pas nécessaire d’attendre la nuit. La tradition ne justifie pas de reporter indéfiniment une décision sous prétexte d’attendre le «bon moment».
Après l’istikhara : faut-il attendre un signe ?
C’est la question qui revient le plus souvent, et elle mérite une réponse honnête.
Contrairement à une croyance très répandue, le hadith de l’istikhara ne parle pas de rêve révélateur ni de signe extérieur. Ce qui est mentionné dans des traditions postérieures (faire l’istikhara et observer son premier rêve) n’est pas fondé sur le hadith originel de Jâbir. Certains scholars l’acceptent comme pratique complémentaire, d’autres la considèrent sans fondement solide.
Ce que dit la tradition mainstream : après l’istikhara, tu procèdes à ta décision en t’appuyant sur la réflexion, le conseil d’une personne de confiance (istichâra) et les circonstances concrètes. Si ton cœur se sent progressivement plus tranquille vers une option, c’est souvent interprété comme une orientation. Mais l’istikhara n’est pas une exemption de la réflexion — elle la complète.
Pour les décisions liées au monde du sommeil et à la manière dont certaines traditions islamiques interprètent les songes, l’article sur les rêves en islam et ce que dit vraiment la tradition donne des repères utiles sur comment distinguer les différents types de songes selon les textes classiques.
Peut-on répéter l’istikhara plusieurs fois ?
Oui, si le doute persiste. Il n’existe pas de limite fixée dans les textes. Certains scholars recommandent de la répéter sept jours consécutifs si l’incertitude reste totale — c’est une pratique transmise, pas une obligation. D’autres disent qu’une seule fois suffit si elle est faite avec concentration et sincérité.
Ce qu’il faut éviter : l’utiliser comme moyen de retarder indéfiniment une décision difficile. L’istikhara accompagne l’action, elle ne la remplace pas.
Questions fréquentes
Peut-on faire la salat istikhara en français ?
Les deux rak’at de prière doivent être accomplies en arabe, comme toute prière rituelle. Le dou’a, lui, peut être prononcé dans sa langue maternelle si l’arabe n’est pas maîtrisé, même si l’apprentissage du texte arabe est fortement encouragé pour respecter la formulation exacte transmise par la Sunna.
L’istikhara est-elle obligatoire avant un mariage ?
Non, elle n’est pas obligatoire (fard) mais elle est fortement recommandée (sunna mouakkada) pour les décisions importantes comme le mariage. Elle s’inscrit dans une démarche plus large qui inclut aussi de bien se renseigner sur la personne, en parler en famille et demander conseil à des proches de confiance.
Que faire si on n’est toujours pas certain après l’istikhara ?
L’incertitude qui persiste après l’istikhara n’est pas forcément un mauvais signe. Elle peut indiquer que les deux options sont réellement équivalentes, auquel cas tu peux décider librement. Elle peut aussi signaler que tu n’as pas encore fait le travail de réflexion nécessaire en amont. Dans ce cas, l’istichâra — le conseil auprès d’une personne sage et de confiance — est complémentaire à l’istikhara.
Peut-on faire l’istikhara pour quelqu’un d’autre ?
Les textes ne le mentionnent pas explicitement. La pratique courante est que chaque personne fait son propre dou’a d’istikhara pour sa propre décision. On peut en revanche faire du dou’a général pour qu’Allah guide quelqu’un qu’on aime vers le bien — ce qui est différent.
Si le sujet des invocations dans la tradition islamique t’intéresse plus largement, l’article sur les dou’a pour la réussite au travail donne d’autres repères sur la manière dont la prière et l’effort s’articulent selon les textes. Et pour comprendre ce que certains songes vécus après une istikhara peuvent signifier selon la tradition, l’article sur les rêves symboliques en islam offre un éclairage sur la lecture traditionnelle des images oniriques.
La salat istikhara est avant tout un acte de confiance — pas une technique de divination. Tu fais ce que tu peux avec ce que tu sais, et tu laisses la suite à Celui qui voit l’issue de toutes choses. C’est une posture qui, même en dehors de tout cadre religieux, a quelque chose de sensé.
